Prébiotiques, probiotiques et postbiotiques : quelles différences ?

par Neuranine 7 min de lecture
Illustration symbolique : chaînes de petites sphères turquoise, formes microbiennes violettes et éléments orangés sur fond clair.

Vous voyez ces trois mots sur des emballages ou dans des articles consacrés au ventre, sans toujours savoir ce qu’ils désignent ? Voici le repère essentiel : les prébiotiques sont des substances utilisées par certains microbes, les probiotiques sont des microorganismes vivants et les postbiotiques sont des préparations de microorganismes qui ne sont plus vivants, ou de leurs composants. Pour porter ces noms au sens scientifique, chacun doit aussi répondre à des critères précis, dont un bénéfice pour la santé documenté. Voici comment les distinguer sans les confondre avec toutes les fibres ou tous les aliments fermentés. [1][2][4]

Trois mots, trois réalités : le tableau pour les distinguer

Le microbiote intestinal rassemble des microorganismes présents dans l’intestin. Les trois termes ci-dessous ne désignent donc pas trois sortes de bactéries : ils décrivent des substances ou des préparations différentes. Les définitions retenues ici viennent des consensus de l’ISAPP, une association scientifique spécialisée dans ce domaine. [1][2][4]

Prébiotique, probiotique, postbiotique : les repères essentiels [1][2][4]
Catégorie Nature et état Critère de définition Exemple et confusion à éviter
Prébiotique Une substance servant de nourriture à certains microbes. Non vivante. Utilisation sélective par les microorganismes de l’hôte, avec bénéfice documenté. Inuline ou FOS étudiés dans des conditions précises. Toutes les fibres ne sont pas des prébiotiques.
Probiotique Des microorganismes vivants. Un bénéfice démontré lorsqu’ils sont apportés en quantité adéquate. Une souche ou une association de souches étudiée pour un usage donné. Un aliment fermenté ne suffit pas.
Postbiotique Une préparation de microorganismes inanimés et/ou de leurs composants. Non vivante. Une préparation caractérisée qui procure un bénéfice démontré. Une préparation bactérienne inactivée par la chaleur, étudiée telle quelle. Ni tous les microbes morts, ni les métabolites purifiés seuls.

Prébiotiques : une nourriture particulière pour certains microbes

Dans la définition scientifique, un prébiotique est un « substrat » utilisé sélectivement par les microorganismes de l’hôte, avec un bénéfice pour sa santé. Le substrat, c’est la substance que les microbes utilisent ; l’hôte, c’est l’organisme qui les héberge, par exemple notre corps. « Sélectivement » signifie que certains microorganismes l’utilisent de façon privilégiée, pas que tous réagissent pareil. [2]

L’inuline et les fructo-oligosaccharides, souvent abrégés en FOS, font partie des substances étudiées comme prébiotiques. Ce sont des chaînes de sucres que nos propres enzymes digestives ne dégradent pas comme le sucre ordinaire. Certains microbes peuvent les utiliser. Pour parler d’un effet prébiotique, il faut relier cette utilisation à un bénéfice documenté chez la personne, et pas seulement observer davantage de bactéries en laboratoire. [2]

La mention « riche en fibres » et le mot « prébiotique » ne sont donc pas équivalents. Toutes les fibres ne remplissent pas ces critères. De même, la présence d’inuline dans un aliment ne permet pas d’attribuer à chaque portion les résultats d’une préparation étudiée : la quantité et les conditions de consommation comptent aussi. [2]

Probiotiques : des microorganismes vivants, avec un effet étudié

Un probiotique est un microorganisme vivant qui apporte un bénéfice pour la santé lorsqu’il est administré en quantité adéquate. Il peut s’agir de bactéries, mais aussi de certaines levures. La présence de microbes vivants est nécessaire ; elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un intérêt pour la santé. [1]

Pour comprendre les résultats d’une étude, il faut savoir quels microorganismes ont été utilisés. Une souche est une identité précise au sein d’une espèce, souvent repérée par des lettres et des chiffres après son nom. Deux préparations portant un nom de bactérie proche peuvent donc contenir des souches différentes. [1]

Les résultats dépendent de la préparation, des souches, de la quantité et de l’usage étudiés. Un effet observé dans une situation digestive précise ne permet pas de conclure à une action sur tous les troubles digestifs. De même, un nombre de milliards plus élevé sur une boîte ne prouve pas que celle-ci sera plus utile. Il faut comparer ce qui a réellement été étudié, pour qui et dans quel but. [1][5]

Un aliment fermenté est-il forcément probiotique ?

Non. « Fermenté » décrit d’abord la fabrication d’un aliment : des microorganismes s’y développent et transforment ses composants. « Probiotique » décrit des microorganismes vivants associés à un bénéfice démontré. Ce sont deux informations différentes. [3]

Le pain au levain donne un exemple facile à retenir. Des microbes participent à la fermentation de la pâte, mais la cuisson élimine les microorganismes vivants. Le pain reste issu d’une fermentation sans devenir pour autant une source de probiotiques vivants. D’autres aliments peuvent être pasteurisés après fermentation. [3]

À l’inverse, certains aliments fermentés contiennent encore des cultures vivantes. Les cultures du yaourt ont notamment un effet documenté sur la digestion du lactose dans des conditions précises. Cela ne permet pas d’attribuer tous les effets de tous les probiotiques à n’importe quel yaourt, kéfir ou légume fermenté. Le nom de l’aliment ne remplace pas les preuves concernant les microbes et l’effet en question. [3]

Un bol de préparation blanche avec une cuillère, accompagné de tranches de pain sur une planche claire.

Postbiotiques : des préparations qui ne sont plus vivantes

Un postbiotique est une préparation de microorganismes inanimés et/ou de leurs composants qui procure un bénéfice pour la santé. « Inanimés » veut simplement dire qu’ils ne sont plus vivants. Des composants de leurs cellules peuvent néanmoins participer à un effet biologique. [4]

Par exemple, des bactéries peuvent être inactivées par la chaleur selon un procédé défini. Pour qualifier la préparation de postbiotique, il faut connaître sa composition et démontrer son bénéfice. Chauffer n’importe quelle culture bactérienne ne suffit donc pas. Un probiotique qui a perdu sa viabilité au fil du stockage ne devient pas automatiquement un postbiotique. [4]

Autre confusion fréquente : les métabolites sont des substances fabriquées par les microbes, comme le butyrate. Un métabolite purifié, utilisé seul, n’entre pas dans la définition ISAPP d’un postbiotique. Il peut en revanche accompagner les microorganismes inanimés ou leurs composants dans une préparation étudiée. [4]

Sur l’étiquette, quels renseignements chercher ?

Commencez par la composition, plutôt que par le grand mot sur la boîte. Trois questions permettent de lire les mentions plus clairement :

  • Quelle identité ? Pour un prébiotique, cherchez le nom de la substance. Pour un probiotique, les noms des microorganismes et les identifiants de souche. Pour un postbiotique, la préparation utilisée et les informations disponibles sur son inactivation. [1][2][4]
  • Quelle quantité, jusqu’à quand ? Pour un probiotique, le nombre de microorganismes vivants doit rester adapté jusqu’à la fin de la durée de conservation, pas seulement au moment de la fabrication. [1]
  • Quelles conditions de conservation ? Suivez celles indiquées sur le produit : tous les probiotiques ne se conservent pas au réfrigérateur. Vérifiez aussi les consignes après ouverture et la date. [1][4]

Une étiquette précise aide à identifier un produit ; elle ne remplace pas l’étude du bénéfice annoncé. Si cette information manque, vous pouvez demander quelle préparation a été testée et pour quel effet. Il n’existe pas de classement où « post » serait forcément meilleur que « pro », lui-même meilleur que « pré » : les termes décrivent des catégories, pas des niveaux d’efficacité. [1][2][4]

Étiquette fictive de probiotique : identifier les microorganismes et les souches, vérifier la quantité viable jusqu’à la date et lire les conditions de conservation.
Exemple fictif pour repérer les informations utiles. Ces mentions ne démontrent pas à elles seules un bénéfice pour la santé.

Dans quels cas demander un avis médical ?

Si vous avez une maladie grave ou des défenses immunitaires affaiblies, demandez l’avis de votre équipe soignante avant de prendre un complément de probiotiques. Le NCCIH, organisme public américain de recherche en santé, signale un risque d’effets indésirables plus élevé dans ces situations. Un complément ne doit pas remplacer ou retarder un traitement nécessaire. [5]

Enfin, ces définitions ne démontrent pas à elles seules un effet sur le stress, le sommeil ou l’humeur. Pour comprendre le contexte plus large, notre guide sur l’axe intestin–cerveau explique les échanges entre ces deux systèmes. Ici, le repère à retenir est plus simple : substance utilisée par des microbes, microbes vivants ou préparation inanimée — puis vérifier le bénéfice réellement étudié. [1][2][4]

Sources

  1. Hill C et al.. The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics consensus statement on the scope and appropriate use of the term probiotic (2014).
  2. Gibson GR et al.. Expert consensus document: The ISAPP consensus statement on the definition and scope of prebiotics (2017).
  3. Marco ML et al.. The ISAPP consensus statement on fermented foods (2021).
  4. Salminen S et al.. The ISAPP consensus statement on the definition and scope of postbiotics (2021).
  5. NCCIH. Probiotics: Usefulness and Safety (2019).